Bertholletia excelsa
Lecythidaceae
Brazil nut
tree (Arbre producteur des noix de Brésil)
Répartition
Bolivie, Brésil (Acre, Amapá, Amazonas, Maranháo, Mato Grosso, Pará, Rondônia), Colombie, Guyane, Guyane Française, Pérou, Suriname, Vénézuela
Habitat
Forêt tropicale de plaines, dense, humide, qui ne connaît pas de saisons. Les arbres poussent le mieux sur des sols alluviaux profonds et bien drainés sur des terres hautes à l’abri des risques d’inondation (Prance & Mori, 1979).
Statut et évolution de la population
C’est une espèce répandue qui provient de la forêt amazonienne. L’arbre à noix de Brésil a connu un déclin démographique à cause de la déforestation. L’une des plus grandes concentrations de peuplements se trouve dans la vallée de Tocantin où diverses activités telles que la construction de la ligne de chemin de fer transamazonienne ou la construction d’un réservoir, ont contribué la réduction du patrimoine génétique (Smith et al., 1992). Le gouvernement a acheté une zone de 200 000 hectares dans le Sud de Pará avec l’intention d’y établir des fermiers sans terres (Salamâo, 1991). Il y a également des projets d’établir une fonderie le long de la ligne de chemin de fer Carajás-Itaqui, ce qui devrait provoquer le défrichement de grandes étendues de forêts pour fournir du carbone (Smith et al., 1992). Les arbres restants dans les vastes ranchs de bétail de Pará et d’Acre sont négligés et meurent (Clement, 1991). Néanmoins il existe encore de larges peuplements naturels au Nord de la Bolivie (Killeen, 1997). L’espèce est abondante à l’échelle locale au Suriname, où les amérindiens récoltent les graines (Werkhoven, 1997). Presque toutes les noix de Brésil qui sont consommées autour du monde proviennent d’arbres sauvages (Smith et al., 1992). On sait peu de l’effet qu’a la récolte des fruits sur la régénération, mais celle-ci peut être limitée sous certains régimes d’exploitation. Les agoutis ont un rôle primordial dans la dispersion des graines mais plus encore, parce qu’ils ouvrent également les gousses, qui sinon resteraient fermées, emprisonnant les graines qui finiraient par pourrir. Sous certains régimes, les agoutis peuvent être chassés ou découragés à cause du manque de nourriture provoqué par l’extraction excessive des noix de Brésil (Broekhoven, 1993). La récolte durable des noix par les populations autochtones dans les réserves forestières semble offrir la meilleure protection des peuplements naturels restants (Wickens, 1995).
Rôle de l’espèce au sein de l’écosystème
Les graines sont enfermées dans de larges gousses qui pèsent entre 0.5 et 0.75kg. Les graines sont consommées par les daguets rouges (Mazama americana), les agoutis pointillés (Agouti paca), les autres espèces d’agoutis (Dasyprocta spp.) et les écureuils. Les agoutis et les écureuils aident à la dispersion en attrappant les graines. Les aras ont tendance à abimer les graines et leurs capsules avant qu’elles soient arrivées à maturité. Les graines ont également joué un rôle significatif dans les régimes alimentaires de nombreux peuples autochtones. Les fleurs sont pollinisées par des abeilles des groupes euglossine, anthophoridae et apinae des genres Xylocopa, Bombus, Centris, Epicharis et Eulaema (Smith et al., 1992).
Menaces
La disparition de l’habitat, le brûlage, l’expansion des installations humaines, l’agriculture et le développement d’infrastructures et d’industries (Pires O’Brien, 1996).
Utilisation
Les graines fournissent un aliment très nutritif à haute teneur en protéines et en acides gras insaturés. L’huile des graines peut être utilisée pour la cuisine et la fabrication de savons; et les capsules des graines sont utilisées comme combustible ou pour l’artisanat (Wickens, 1995). Le bois d’oeuvre est excellent mais les arbres ont plus d’importance vivants comme producteur de noix. On utilise le bois dans la construction de bâteaux, de réservoirs d’eau et de traverses de rails de chemins de fer mais il ne semble pas avoir d’importance sur le marché international (Flynn, 1994). L’écorce est utilisée pour le calfatage de navires (FAO, 1986).
Commerce
La production de noix du Brésil, pour l’exportation est concentrée au Nord-Ouest de l’Amazone,dans le district fédéral d’Acre au Brésil et dans les régions de Pando et de Beni en Bolivie (Wickens, 1995). Pará est également l’une des principales aires de production (Smith et al., 1992). A une époque, les noix du Brésil étaient la deuxième culture pour l’exportation depuis la partie amazonienne du Brésil derrière le caoutchouc (Wickens, 1995). La production annuelle de noix a décru de 104 000 tonnes en 1970 à 50 000 tonnes en 1980 à cause de la perte d’habitat (Mori et al., 1990). Elle continue de décroître à un taux moyen de 820 tonnes par an (Wickens, 1995). Les Etats Unis, le Royaume Uni et l’Allemagne sont les principaux pays exportateurs (Wickens, 1995).
|
Année |
Production mondiale de noix de Brésil (1000 tonnes) |
Prix approximatif FOB £/tonne ou US$/lb |
|||
|
Brésil |
Bolivie |
Pérou |
Total |
||
|
1970 |
50 |
- |
- |
50 |
£378 |
|
1971 |
30 |
- |
- |
30 |
£487 |
|
1972 |
65 |
- |
- |
65 |
£466 |
|
1973 |
65 |
- |
- |
65 |
$0.63 |
|
1974 |
33 |
- |
- |
33 |
$0.77 |
|
1975 |
50 |
- |
- |
50 |
$0.59 |
|
1976 |
32 |
- |
- |
32 |
$0.76 |
|
1977 |
38 |
- |
- |
38 |
$1.28 |
|
1978 |
32 |
8 |
2 |
42 |
$1.33 |
|
1979 |
50 |
7 |
3 |
60 |
$1.04 |
|
1980 |
60 |
- |
- |
60 |
$0.98 |
|
1981 |
40 |
- |
- |
40 |
$1.07 |
|
1982 |
28 |
- |
- |
28 |
$1.63 |
|
1983 |
35 |
- |
- |
35 |
$1.41 |
|
1984 |
35 |
10 |
6 |
51 |
$0.81 |
|
1985 |
40 |
6 |
4 |
50 |
$0.82 |
|
1986 |
35 |
8 |
5 |
48 |
$0.90 |
|
1987 |
33 |
10 |
7 |
50 |
$1.09 |
|
1988 |
29 |
7 |
5 |
41 |
$1.18 |
|
1989 |
25 |
9 |
6.5 |
40.5 |
$1.70 |
|
1990 |
42 |
9 |
3 |
54 |
$1.48 |
|
1991 |
24 |
5.5 |
2.5 |
32 |
$1.36 |
|
Average |
36.3 |
8.0 |
4.4 |
45.2 |
$1.20 |
Source: La Fleur 1992 dans Wickens, 1995
Catégories de conservation de l’UICN:
VU A1acd+2cd d’après l’atelier régional des Amériques pour le projet de conservation et de gestion durable des arbres de WCMC/SSC (Americas Regional Workshop for the WCMC/SSC Conservation and sustainable management of trees project) (WCMC, 1996).
Mesures pour la conservation
Il est illégal d’abattre les arbres au Brésil (Pires O’Brien, 1996). Néanmoins l’abattage continue, surtout au Sud de Pará et au Nord de Mato Grosso (Smith et al., 1992). Les populations existent dans diverses grandes aires protégées et dans des endroits qui sont à l’abri de l’abattage et de la destruction de l’habitat, telles que les terres d’entreprises, de Companhia Vale do Rio Doce. Un programme de recherche sur la biologie et l’écologie des populations de noix de Brésil a été établi au Nord-Est de la Bolivie par l’Université de Beni à Riberalta (IIFA), l’université d’Utrecht et le comité de l’UICN des Pays Bas.
Gestion des forêts et sylviculture
La régénération naturelle est rare dans certains endroits. Les arbres peuvent pousser à partir de systèmes racinaires d’arbres qui sont tombés. On pense que de nombreux bois de noix du Brésil ont été plantés par des populations indigènes depuis que les groupes de chasseurs-collecteurs ont d’abord colonisé la forêt tropicale (Smith et al., 1992). L’établissement de plantations en dehors des forêts serait limité par la dépendance des pollinisateurs de la variété des plantes forestières, dont les orchidées, comme source de nourriture et de signaux chimiques aidant à la reproduction. Néanmoins il est possible d’obtenir des récoltes assez importantes en plantations, à condition que le sol soit convenable et qu’il y ait une saison sèche bien définie (Smith et al., 1992). Les arbres ne portent de fruits qu’au bout de 12 à 16 ans, cette production dure pendant 25 à 30 ans au maximum. Les arbres greffés en plantations denses peuvent produire des fruits au bout de 8 ans. Dans une bonne année, un arbre à lui seul peut produire entre 100 et 120 kg de graines décortiquées (Wickens, 1995). Le centre de recherches agricoles des zones tropicales humides (Agricultural Research Centre of the Humid Tropics,CPATU-EMBRAPA) au Brésil est en train de créer une banque clonale d’embryons et il fournit des clones pour des plantations commerciales (Wickens, 1995). L’espèce a été introduite en Malaisie, au Sri Lanka, à Java, à Hawaii et aux Caraïbes (Wickens, 1995).
Références
Broekhoven, G. 1996. Non-timber forest products: ecological and economic aspects of exploitation in Colombia, Ecuador and Bolivia. IUCN, Gland, Switzerland.
Chudnoff, M. 1984. Tropical timbers of the world. Forest Products Laboratory Madison, Wisconsin: United States Department of Agriculture. 464pp.
Clement, C.R. 1991. Amazonian fruits: a neglected and threatened, but potentially rich resource. Diversity Magazine, 7, 56-59.
FAO Forestry Department. 1986. Databook on endangered tree and shrub species and their provenances. Rome: FAO. 524pp.
Flynn, J.H. 1994. A guide to useful woods of the world. King Philip Publishing Co., Maine, U.S.A. 382pp.
Harcourt, C.S. & J.A. Sayer (eds.). 1996. The conservation atlas of tropical forests: the Americas. Simon & Schuster, Singapore.
IBAMA. 1992. Lista oficial de espécies da flora Brasileira ameaçadas de extinçao. (unpublished). 4pp.
Killeen, T. 1997. Comments on the species summaries for Bolivia.
Killeen, T.J., E. Garcia & S.G. Beck (eds.). 1993. Guia de arboles de Bolivia. Missouri Botanical Garden, Missouri. 958pp.
La Fleur, J.R. 1991 Marketing of Brazil nuts. FAO, Rome.
Mori, S. A., G.T. Prance, & C. Zeeuw. 1990. Lecythidaceae - Part II: The zygomorphic-flowered New World genera (Couroupita, Corythophora, Bertholletia, Couratari, Eschweilera, & Lecythis). Flora Neotropica, Monograph 21 (II). 376pp.
Newton, A.C. 1996. The sustainability of uses of trees. Unpublished report for the WCMC/SSC Conservation and sustainable management of trees project.
Prance, G.T. & S.A. Mori. 1979. Lecythidaceae – Part I: The actinomorphic-flowered New World Lecythidaceae (Asteranthus, Gustavia, Grias, Allantoma and Cariniana). Flora Neotropica Monograph 21 (I). 270pp.
Pires O’Brien, J. 1996. Completed data collection forms for Brazilian Lecythidaceae.
Roosmalen, M.G.M. van. 1985. Fruits of the Guianan flora. Wageningen: Institute of Systematic Botany, Utrecht and Silvicultural Dept of Wageningen Agricultural University.
Salamâo, R.P. 1991. Estrutura e densidade de Bertholletia excelsa H.&B. (castanheira) nas regiôes de Carajás e Marabá, Estado do Pará. Belém, Bol. Mus. Para. Emilio Goeldi, sér. Bot. 7(1): 47-68.
WCMC. 1996. Report of the Second Regional Workshop, held at CATIE, Turrialba, Costa Rica, 18-20 November 1996. Conservation and sustainable management of trees project. (unpublished).
Wickens, G.E. 1995. Edible nuts. Non-wood Forest Products 5. Food and Agriculture Organization of the United Nations. 197 pp.
Werkhoven, M.C.M. 1997. Threatened trees of Suriname. A list compiled for the WCMC/SSC Conservation and sustainable management of trees project.